Mardi soir, Marco Pintore, mon associé dans la société Pila, et moi-même avons eu le plaisir d’accueillir un certain nombre d’invités pour une dégustation de deux flacons intéressants : Château d’Yquem 1994 et Clos Vougeot 2005.
![]()
Je vais passer rapidement sur le Clos Vougeot, pour dire que ce vin était déjà d’un très bon niveau (y a qu’à voir la photo : qui a le nez dans son verre ? c’est moi !!!)… J’ai été surpris par son degré d’évolution après seulement 4 ans : nous avions prévu de le carafer un peu afin de l’aider à s’ouvrir, mais nous nous sommes ravisés après en avoir versé quelques gouttes dans un verre : il était largement assez évolué pour qu’on le laisse tranquille dans sa bouteille…
![]()
Quand au château d’Yquem… Que dire, si ce n’est que c’est chaque fois le même émerveillement pour moi quand j’en croise la route… On ne peut qu’écarquiller les yeux rien qu’à découvrir la couleur d’or liquide de ce vin… 1994 n’est pas une année immense, mais je trouve néanmoins que ce vin propose déjà une belle promenade sensorielle, puisque s’il part sur des notes quelque peu acidulées et épicées au départ, il évolue très vite vers le miel, puis le boisé… Et si l’on a la patience d’attendre encore, on voit les fruits confits qui débarquent, prenant de l’ampleur même encore pendant la nuit pour parfumer totalement mon bureau le lendemain avec ce reste que j’avais souhaité garder pour suivre l’évolution…
Le tout était très bien accompagné par des mets dont l’accord avait été soigneusement choisi par Kathryne d’Au hasard du vin…
Un très bon moment, d’une haute valeur gustative, mais d’une convivialité avec nos invités qui nous a permis de nous côtoyer dans un cadre un peu moins conventionnel que nos relations professionnelles habituelles…
« dans un cadre un peu moins conventionnel que nos relations professionnelles habituelles… ».
Ce fut le cas pour Philippe Lamour dans la débâcle de 1940 . Voici son récit dans son livre autobiographique, « Le cadran solaire »:
« Réveil à 4 heures du matin pour aller prendre position derrière le mur d’un parc, dominant à mi-côte un vignoble.
Le chef de section nous donne l’ordre de tailler un créneau dans le mur pour y installer une mitrailleuse. On commence à abattre les briques.À l’est, l’horizon rosit.
-Qu’est-ce que vous foutez les enfants?
Je me retourne. Un vieux monsieur est là, en robe de chambre, ses pieds osseux nus dans des sandales rouges.
-Ce qu’on fout là, mon petit père. On fout la guerre, la guerre qui, d’ailleurs, est foutue.
-Raison de plus pour ne pas foutre mon mur par terre.
-C’est les ordres.
Il insère dans son œil gauche un monocle sans monture.
-Il n’y a pas d’ordres. L’armistice a été signée cette nuit par le maréchal Pétain.
-Le sale con, dit Bricard, en jetant son outil à terre.
Il a les larmes aux yeux, le vieil homme parle bas.
-Oui, dit-il, c’est affreux
Nous nous taisons tous, l’esprit chaviré.
-Alors en plus mon mur, vous comprenez… Puis: Avez-vous déjeuné?
-Non…
-Alors vous venez jusqu’à la ferme. On essayera de trouver du café.
-On aimerait mieux un coup de rouquin pour faire passer ça, dit Bricard.
– Ce n’est pas ce qui manque ici. Allez, laissez ce malheureux mur qui ne nous a rien fait et venez avec moi.
On le suit dans une grande cuisine. L’homme en robe de chambre fouille les armoires, en sort du pain, un pot de rillettes, des œufs. Il se retire et revient avec une bouteille de vin blanc. Il s’excuse:
-C’est tout ce que j’ai trouvé à cette heure-ci.
-ça fera, dit Bricard.
Nous vidons nos verres d’un trait.
-Pas cochon ce petit picrate, dit Bricard, c’est le vin du pays?
-Oui, c’est le vin d’ici.
Bricard prend la bouteille et le sourcil froncé s’emploie à déchiffrer l’étiquette. « Château Y… Château Yquoème » dit-il. ».