Revenons à des sujets sérieux… Je souhaitais le faire dès hier, et le temps m’a manqué pour rédiger cet article que je voudrais à la fois critique et pédagogique, car j’ai pu me rendre compte encore dernièrement de la méconnaissance du fonctionnement des institutions européennes.
L’Union Européenne, en application du traité de Lisbonne, s’est doté d’un Président du Conseil Européen et d’une Haute Représentante aux Affaires Etrangères.
Pour rappelle, il existe plusieurs institutions dans l’Union Européenne. Le Parlement Européen, organe chargé de voter les lois et dont les membres sont élus au suffrage direct (députés européens), présidé par Jerzy Buzek, du PPE (droite européenne). Il sera Président de cette institution encore 2 ans environ, soit la moitié de la mandature, l’accord de mandature entre le PPE et le PSE (gauche européenne) stipulant que la deuxième moitié verra un président issu du PSE, probablement Martin Schultz, Président du groupe PSE.
Ceci a son importance, car c’est la quasi seule explication à la reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission Européenne, deuxième institution de l’Union Européenne. Cette Commission propose et met en oeuvre les politiques communautaires. C’est donc un organe fort, qui a un quasi monopole législatif puisque c’est elle qui propose les lois qui sont étudiées au Parlement.
Barroso, qui possède à mon avis le charisme d’une machine à laver et est un gentil toutou des chefs d’état, a été proposé pour continuer le job qu’il occupait lors de la précédente Commission. Les commissaires ne sont pas élus mais nommés par les Etats membres.
Quand je dis que la volonté de Schultz d’être le futur président du Parlement Européen, c’est que le Parlement doit donner son accord à la nomination du Président de la Commission, et que Barroso était le choix du PPE. Une opposition réelle du groupe PSE, ajoutée à celle des verts européens et de l’Alliance des Démocrates et Libéraux Européens, aurait pu être problématique dans la reconduction de Barroso. Mais ces partis n’ont pas su faire en sorte qu’une alternative crédible apparaisse, et je suis convaincu que Schultz ne s’y est pas employé pour ne pas ruiner ses objectifs personnels.
Enfin, on pourrait dire qu’il existe deux Conseils (Conseil Européen et Conseil de l’Union Européenne) , le premier regroupant les chefs d’états de l’union, le second regroupant les ministres. Au final, les orientations sont très souvent les mêmes…
C’est le Président du Conseil Européen qui a été « élu » hier (je dirais plutôt désigné car il s’agit d’une élection sans candidat, sans vote transparent, sans campagne, etc), ce qui met fin à la présidence tournante de l’Union Européenne.
Quand je dis que l’Union Européenne sort affaiblie de cette nomination, c’est que je pense que Van Rompuy a environ le même charisme que Barroso (vous savez, la machine à laver), qu’il est opposé à certains des fondamentaux communautaires (il s’était opposé à l’implantation de belges francophones en Belgique flamande, alors que pense-t-il de la liberté pour tout ressortissant européen de s’implanter où bon lui semble en Europe ?), et qu’il n’est à ce poste que par les volontés conjuguées de la France et l’Allemagne, qui vont ainsi renforcer leur leadership européen.
Si je me réjouis de la place retrouvée de la France en Europe, je m’inquiète pour la construction communautaire…
Et que dire de cette Haute Représentante aux Affaires Etrangères qui semble s’y connaître en diplomatie autant que moi en point de croix ?
Elle vient d’un pays qui n’est pas membre de l’Eurogroupe, qui était favorable à la guerre en Irak (donc opposé sur ce point aux deux locomotives européennes que sont l’Allemagne et la France), et était Commissaire Européenne au Commerce. Le top pour faire avancer l’Europe sur la scène politique internationale…
Bref, un accord qui permet quand même de satisfaire tout le monde (les pays de l’Est ont la présidence du Parlement, les pays du Sud celle de la Commission, ceux du Nord ont le poste de Haute Représentante, et les pays fondateurs ont placé leur pantin à la Présidence du Conseil Européen), mais qui ne fera à mon avis pas avancer l’Union Européenne.
A noter que la France a un lot de consolation : le secrétariat du Conseil Européen, poste administratif mais clé, sera tenu par Pierre de Boissieu, un diplomate français…